Cadre de réalisation

Cette étude a été réalisée par Alice MALLICK au titre de sa thèse soutenue devant la Faculté de Médecine de Lyon pour le diplôme de docteur vétérinaire en décembre 2013, et dirigée par le Docteur Gilles Bourgoin, maître de conférences à VetagroSup – campus vétérinaire de Lyon.

Questions abordées par l’étude

Ces constatations ont des conséquences économiques et écologiques majeures. D’une part, ces mortalités impactent lourdement à la fois sur les petits producteurs de la filière (90% des apiculteurs français possèdent moins de 30 ruches) et sur les apiculteurs professionnels (4% des exploitations apicoles possèdent 150 ruches et fournissent les trois quart de la production de miel). Ainsi, le recensement agricole effectué en 2010 témoigne d’une diminution de près de 40% du nombre d’exploitations apicoles en 10 ans. La productivité des ruches est également en baisse. Le tout entraine une diminution constante de la production nationale de miel depuis 15 ans. D’autre part, environ 80% des plantes à fleurs de la planète sont pollinisées par les insectes, dont 85% le sont par les abeilles. Le déclin des populations d’abeilles a donc un impact environnemental majeur sur la diversité de la flore naturelle, mais également sur les productions agricoles (impact estimé à environ 10% du chiffre d’affaires du secteur agricole).

Les multiples études scientifiques entreprises n’ont pas permis de déceler une cause précise et il semblerait qu’une approche multifactorielle des troubles des colonies soit plus représentative : ont été mis en évidence des facteurs de risque appartenant aux agents chimiques, aux agents biologiques, à l’environnement des colonies d’abeilles et aux pratiques apicoles. De nombreux cas de mortalités restent sans diagnostic étiologique, ce qui suppose que d’autres facteurs n’ont pas encore été déterminés.

Parmi les agents biologiques mis en cause, le parasite Varroa destructor est de loin la menace la plus grande. Sa prévalence est sans commune mesure puisque cet acarien est présent dans quasiment toutes les ruches du monde, seule l’Australie étant encore indemne. Il parasite les abeilles adultes pour se nourrir de leur hémolymphe et se reproduit au sein du couvain. Les abeilles issues de larves infestées présentent une immunodéficience et des modifications morphologiques (raccourcissement de l’abdomen, lésions allaires, réduction des glandes hypo-pharyngiennes qui sécrètent la gelée larvaire,etc.). Lorsque la charge parasitaire au sein de la ruche devient trop importante, un affaiblissement général de la colonie est notable : elle est moins dynamique, ses performances de production diminuent. Plus sensibles aux pathologies secondaires, les abeilles adultes s’épuisent à élever du couvain qui subit de lourdes pertes. Le tout, associé à une réduction de la longévité des abeilles d’hiver, conduit en fin d’hiver à l’effondrement puis à la mort des colonies fortement parasitées à l’automne précédent.

Sans traitement de la part de l’apiculteur, une colonie meurt deux à trois ans après le début de l’infestation. Des traitements médicamenteux sont disponibles sous ordonnance vétérinaire. Cependant, l’arsenal thérapeutique est limité à trois principes actifs : l’amitraze, le tau-fluvalinate et le thymol. Depuis près de vingt ans, les apiculteurs qui traitent leurs ruches infestées ne suivent pas toujours les préconisations émises par les laboratoires, utilisant parfois d’autres techniques ou d’autres molécules non autorisées, dont l’efficacité n’a pas été démontrée. Le constat aujourd’hui est préoccupant : les apiculteurs rapportent des inefficacités de traitement lors d’utilisation de médicaments disposant d’une autorisation de mise sur le marché (AMM).

Depuis quelques années, de nombreuses études sont réalisées en laboratoire dans le but d’attester cette baisse d’efficacité des médicaments à AMM. Des lignées de Varroa destructorrésistantes ont été mises en évidence. Certains mécanismes intervenants dans le processus ont été prouvés : une résistance de type biochimique incluant l’augmentation de l’activité des enzymes de dégradation des toxines (monooxygénases du cytochrome P-450 et estérases dans une moindre mesure) et la modification des sites d‘action des acaricides a été démontrée. L’apparition de ces résistances conduit à la nécessité d’envisager une adaptation des stratégies de lutte contre Varroa destructor.

Alice MALLICK a réalisé une étude bibliographique sur les perspectives de gestion de la varroose. De nombreuses recherches pour l’amélioration de la lutte contre Varroa destructor sont en cours. Les thématiques incluent des méthodes chimiques (acides organiques, huiles végétales et autres molécules à effet acaricide), des méthodes mécaniques (ruche à plancher grillagé, traitement thermique, saupoudrage d’éléments poudreux), des méthodes biologiques (utilisation de champignons, bactéries ou virus, pathogènes de Varroa destructor), des méthodes biotechniques d’apiculture (élimination de l’acarien par piégeage dans le couvain, blocage de la ponte de la reine ou division de colonies) et des méthodes génétiques (sélection d’abeilles résistantes à Varroa destructor).

Des visites sanitaires chez des apiculteurs, réalisées dans le cadre d’un stage de quatre mois à la Direction Départementale de la Protection des Populations d’Indre-et-Loire, ont souligné l’hétérogénéité des protocoles de traitement et de prévention de la varroose.  Il est donc nécessaire de formuler des préconisations à suivre sur le terrain pour améliorer la lutte contre Varroa destructor. Il est avant toute chose important de rappeler l’intérêt de respecter les règles de prophylaxie de base (choix de l’environnement des ruches, conduite du rucher minutieuse, désinfection du matériel). Des comptages réguliers de varroas doivent absolument être démocratisés pour évaluer le niveau d’infestation des colonies et adapter la méthode de traitement. Sous cette condition, un programme de lutte intégrée peut alors être mis en place, incluant des traitements chimiques, médicamenteux ou naturels, des mesures mécaniques et biotechniques. Lors de l’utilisation des traitements médicamenteux, il est nécessaire de suivre les bonnes pratiques thérapeutiques (utilisation de produits ayant une AMM et suivi des préconisations du fabricant, rotations des molécules sur plusieurs années). L’application de ce programme permet de réaliser une lutte efficace sur le long terme, et adaptée au rucher de l’apiculteur. Une sélection des colonies dites hygiéniques, c’est-à-dire ayant une meilleure aptitude à déceler le couvain malade et à l’éliminer, est un complément pertinent dans la lutte contre la varroase d’autant plus que des tests simples sont réalisables par l’apiculteur.

Enfin, un des principaux obstacles à la lutte contre l’infestation par Varroa destructor est le problème des ré-infestations par les ruchers voisins dans un rayon de trois kilomètres (distance de vol des abeilles depuis la ruche). Mettre en place une lutte collective, sur une aire géographique étendue, avec des traitements concomitants, semble un point essentiel à développer. Un enjeu majeur est donc présent au sein de l’organisation de l’encadrement sanitaire apicole, et notamment au sein des organisations de défense sanitaire apicoles. La mise en œuvre de Programme Sanitaire d’Elevage Apicole (PSEA), définissent les mesures prophylactiques à réaliser sur l’ensemble des ruchers selon un calendrier préétabli, semble un bon moyen de mettre en place une lutte collective au sein de la filière.